On lit souvent ici des commentaires peu flatteurs sur la vie politique en Europe -notamment en Italie- : commentaires souvent assez acerbes et on pourrait dire justifiés. Mais finalement l'Australie devrait commencer par balayer devant sa porte. C'est arrivé à un tel point qu'il est même devenu difficile de suivre. C'est le cirque !

Une petite explication du système politique australien s'impose –c’est la partie un peu ennuyeuse mais c’est déjà dur à suivre comme ça alors quand on ne sait pas comment ça fonctionne c’est incompréhensible - :
-L'Australie est une monarchie parlementaire avec la reine Elizabeth II à la tête (qui n'a réellement qu'un rôle honorifique) et un gouverneur général (Governor General of the Commonwealth of Australia) qui est le représentant de la reine dans le pays.
Il (ou plutôt ‘elle’ puisqu’il s’agit d’une femme Quentin Bryce depuis 2008) n’a qu’un rôle très limité finalement, et ne fait bien souvent que prendre acte des grandes décisions sur les conseils du premier ministre et des ministres.

Politique australienne... Le grand cirque

-Il y a un parlement composé de 2 chambres :

1. la chambre des représentants avec les membres du parlement élus pour 3 ans (appelés MP Members of Parliament – à ne pas confondre avec le PM –Prime Minister). Chaque membre représente une région avec une carte politique actuellement découpée en 150 électorats et le parti qui a la majorité à la chambre nomme un des siens comme Prime Minister –le leader du parti-.

Le premier ministre (Prime Minister – PM) est à la tête de l’état fédéral composés des 6 états et 2 territoires. Il est élu pour 3 ans et c’est là où en ce moment le grand cirque a lieu avec le soudain retour de Kevin Rudd. Les grandes lignes politiques du pays que ce soit à l'international ou en interne sont fixées au niveau fédéral ainsi que les grandes lois, l’autre partie des décisions est laissée aux états.

2. Il y a également le sénat avec des membres élus pour 6 ans. Chacune des 2 chambres a les mêmes pouvoirs car pour qu’une loi passe, il faut qu’elle soit votée par les 2.

-Chaque état a à sa tête ce que l’on pourrait appeler en français un premier ministre d’état ou 'Premier' qui est élu séparément des chambres ce qui peut donner un gouvernement fédéral d’un parti et des états dirigés par le parti opposé. C'est le cas dans le QLD actuellement qui est sous le parti des libéraux et qui est en clash permanent avec le gouvernement travailliste fédéral : l'état du QLD refuse de participer aux mesures proposées, s'opposent à d'autres, bref rien n'arrive à être mis en place.

Politique australienne... Le grand cirque

Seuls les membres du parlement (MP) sont élus directement par le peuple. Le leader du parti qui a la majorité lors de ce vote devient Prime Minister et choisit son gouvernement. Les partis choisissent leur leader et c'est évidemment un choix stratégique afin de gagner le maximum de votes. Les 2 leaders des deux grands partis qui s'affronteront lors des élections de septembre sont donc : Kevin Rudd pour le Labour Party (en poste) et Tony Abbott pour le Liberal Party.

Certes les mots sont vifs entre les 2 partis mais c'est au sein même du parti travailliste au pouvoir depuis 2007 que se joue la vraie Comedia dell'arte en ce moment !
En 2007, Kevin Rudd du Labor Party (parti travailliste) a été élu Prime Minister avec une grosse majorité mais il a peu à peu perdu en popularité à tel point que son propre parti, de peur de perdre les élections de 2010 qui arrivaient, a organisé un putsch politique. Il y a eu un vote en interne où il a été désavoué comme leader du parti et remplacé en l’espace d’une soirée par Julia Gillard qui était jusqu’alors son bras droit. Grosse surprise politique !
Pour faire une analogie, c’est un peu comme si le PS avait remplacé François Hollande par Jean-Marc Ayrault, en une soirée, sans en parler à personne mais clairement après des mois de tractations à monter tout le monde contre le président.

Politique australienne... Le grand cirque

La stratégie a payé car aux élections de 2010 le parti travailliste a réussi à se maintenir au pouvoir ce qui a validé Julia Gillard dans son rôle. Un des problèmes tout de même, c'est qu'ils ont perdu de très nombreux sièges et que depuis 3 ans il y a autant de représentants de droite que de gauche dans la chambre donc aucune mesure ne passe.

Coup de théâtre dans la semaine : on prend les mêmes et on recommence dans l’autre sens. Julia Gillard est au plus bas dans les sondages, on annonce le parti perdant aux élections de septembre avec quasiment plus aucun siège à la chambre.
Bamm : Nouveau putsch ! Vote en interne mercredi soir, désavouement de Julia Gillard et grand retour de Kevin Rudd comme Prime Minister à la tête de l’état ! Lui qui avait juré les grands dieux qu’il ne reviendrait pas, on se demande quelles ont été les tractations en arrière plan pour que tout ça se reproduise. Ca doit faire plusieurs mois que ça se trame !

Politique australienne... Le grand cirque

Et ça se fait bien sûr sans consultation du public : il s’agit simplement d’un jeu électoral. Je dirais qu'on s’en moque sauf que ce genre d'agissement a un impact sur le pays : il est évident qu’il y a des mois que plus personne ne gouverne car tout le monde –des 2 côtés- est absorbé dans les élections qui arrivent et dans les histoires internes ! On n’ose pas imaginer ce qu’il a du se tramer et se raconter dans les couloirs de la chambre, ainsi que les alliances qui ont du se faire pour évincer Julia Gillard.

En tant que résidente permanente, je ne peux pas voter mais je suis ce qu'il se passe car toutes ces histoires ont un impact direct sur l'économie et notamment sur le domaine de la construction : tous les grands projets publics par exemple sont à l'arrêt jusqu'en septembre, personne ne prend aucune décision dans aucun département, il y a une perte de confiance complète et plus rien ne se passe.

On espère que septembre sonnera le retour au travail et à la vraie prise de decisions pour tout le monde !

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