Je fais rarement des articles politiques ou engagés sur ce blog car l’idée est plus de partager des bons moments et des tranches de vie en Australie que de relayer de l'information. Mais il y a un thème qui m'a toujours intéressée et dont le traitement par l'Australie m'a toujours surprise, c'est la question des 'réfugiés' ou 'demandeurs d'asile' (asylum seekers) qui arrivent par bateau. C'est l'obsession australienne depuis des décennies. Parler de questions d'immigration ici, pour beaucoup de gens et pour tous les politiques c'est parler seulement et uniquement des réfugiés.

Je pense que l'on change son point de vue sur l'immigration en général -pas seulement sur les réfugiés- quand on se retrouve personnellement confrontée à ces questions et qu'on passe des années à batailler avec des histoires de papiers -comme je l'ai fait- alors qu'on a fait des études, qu'on travaille, qu'on paie des impôts et qu'on est parfois plus australienne que les australiennes... Et je dirais que j'ai eu beaucoup de chance par rapport à certains de mes amis qui sont aujourd'hui dans des situations difficiles.

Quand on voit que pour des gens comme nous, qui venons tous de pays listés 'catégorie 1' par l'immigration australienne c'est à dire pays sans risque, le chemin est déjà long et compliqué, on peut à peine imaginer le cauchemar que ça doit être pour des gens qui viennent de pays en guerre et qui arrivent sur le territoire sans papier et sans visa.

La question des réfugiés est divisée en 2 parties en Australie.

Il y a la partie officielle : L'Australie est signataire de la convention relative au statut des réfugiés de 1951 et reçoit 13,500 réfugiés approuvés par les Nations Unies chaque année. On ne se rend pas forcément compte par contre que pour ces réfugiés là ça prend bien souvent une dizaine d’années avant que leur demande ne soit traitée et qu'un pays d'accueil ne leur soit attribué afin qu'ils puissent enfin quitter les camps. J'ai rencontré une famille qui a passé 17 ans dans un camp au sud du Soudan et dont les 3 enfants sont nés dans le camps et n'ont connu que ça -même celle qui a aujourd'hui 15 ans.

Et il y a ceux qui par désespoir, ou plutôt avec l'espoir d'un futur meilleur, quittent tout et s'embarquent dans un voyage très risqué par le biais de passeurs vers la destination en or : l'Australie.
La situation australienne est différente de la situation européenne car il s'agit d'une île, isolée, et il est finalement assez compliqué d'y arriver. Certains arrivent à venir en avion -ça semble impossible vu les contrôles actuels mais ça doit être sur des visas touristes- et une minorité décide de faire le voyage en bateau depuis l’Indonésie. Et c'est cette minorité qui est la cible de toutes les attentions !

Les réfugiés en Australie

L'Australie a depuis longtemps maintenant une politique assez agressive envers les réfugiés qui arrivent par la mer. Il y a eu l’époque où le pays renvoyait les bateaux d'où ils venaient : ça a fait scandale car sur 5 bateaux qui ont été renvoyés sous cette directive, 3 ont coulé. Suite au tollé général, cette mesure considérée inhumaine car mettant des individus en danger de mort a été abandonnée.

De par les lois maritimes internationales, tout bateau en difficulté entrant dans l'espace australien doit être secouru : c'est sur ce principe que les bateaux de réfugiés arrivent près de Christmas Island (île à 200km de l’Indonésie et territoire australien - voire carte ci-dessous) et que les patrouilles australiennes les récupèrent. Depuis plusieurs années maintenant, tous les réfugiés récupérés se retrouvent placés dans des centres de détention, en général sur Christmas Island, pour que leur cas soit analysé et traité. Malheureusement les temps de traitement sont aujourd'hui en moyenne de l'ordre d'un an -imaginez passer un an dans un camp de détention !- et il y a même des cas scandaleux de détention de presque 4 ans ! Vu le ratio traitement des dossiers / fréquences des arrivées, le centre de Christmas Island est bien évidemment saturé depuis longtemps ainsi que tous les autres centres qui ont été établis à travers le pays.

Les réfugiés en Australie

Nous sommes en période pré-électorale et comme souvent dans ces cas-là, le discours nationaliste est plus fort que jamais et les positions se radicalisent. La question de l'immigration se résume à ce qui est le plus visible ou le plus mis en avant dans les médias, les 'boat people', et l'Australie vient soudainement de décider d'une nouvelle politique, avec application immédiate : tous les gens arrivant par bateau seront maintenant envoyés directement sur la Nouvelle-Guinée et ne seront jamais autorisés à habiter en Australie.

Les réfugiés en Australie

C'est un peu comme si on disait : 'à partir de maintenant toutes les personnes qui arrivent en France sans papier seront envoyés au Groënland, et ne seront jamais autorisées à mettre un pied en France'. Pour dresser un peu le tableau : il n'y a pas grand chose en Nouvelle-Guinée et il s'agit d'un des pays les plus pauvres de la zone pacifique -1/3 de ses habitants vit dans un état d'extrême pauvreté. Au début des années 2000 il y avait 5 médecins pour 100,000 habitants, l'éducation est extrêmement limitée et la capitale Port Moresby est une des villes les plus violentes au monde. On peut donc dire que le pays a ses propres challenges et qu'envoyer de pleines floppées de réfugiés, de différentes ethnicités et avec leur propre lot de problèmes, dans un tel contexte, ne promet rien de bon.

Les réfugiés en Australie

Mais peu importe pour l'Australie : comme on dit ici 'out of sight, out of mind' (du moment qu'on ne voit pas le problème, il n'existe plus). Politique quelque peu radicale et choquante ! Le gouvernement fait un matraquage médiatique autour de cette nouvelle mesure avec une campagne de pub à la télé, à la radio et dans la presse qui a soulevé un certain nombre de critiques notamment sur les fonds engagés et l'objectif réel de tout ça.

Selon le ministre de l'immigration il s'agit d'envoyer un message clair aux passeurs (people smugglers) et futurs réfugiés en disant haut et fort qu'il ne sert plus à rien de tenter le voyage vers l'Australie illégalement car quoi qu'il arrive les gens seront envoyés en Nouvelle-Guinée. Il y a cependant peu de chance que les réfugiés dans les camps ou en route pour l'Australie aient accès aux journaux australiens locaux !
Voici l'exemple de la 'pub' qui a été imprimée pleine page dans tous les journaux ces 3 dernières semaines (j'avais également le lien radio, mais il vient d’être retiré de toutes les sources que j'avais):

Les réfugiés en Australie

Ce qui me surprend dans tout ça c'est à quel point l'Australie peut être politiquement incorrecte sur les questions d'immigration et notamment sur cette question des réfugiés. Peut-être est-ce dû à son isolement géographique et à son poids politique international assez limité : le pays peut se permettre de faire un peu ce qu'il veut sur les politiques internes sans susciter de véritable polémique ou remontrance de quiconque. Si une telle mesure avait été mise en place ailleurs on imagine le débat sans fin que ça aurait créée -et à juste titre ! Ça a vaguement fait grincer des dents le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU (UNHCR) qui a simplement dit rapidement que le débat sur les réfugiés en Australie était 'négatif, hostile et toxique' mais qui s'est gardé de tout commentaire sur la dernière mesure.

Cette question des réfugiés arrivant par la mer est compliquée et sans solution évidente ou immédiate, c'est un fait. Mais plutôt que de mettre en place des mesures 'coup de point' et extrêmement médiatiques à un mois des élections qui ont de grandes chances de créer des problèmes supplémentaires dans un pays qui n'en a pas besoin, peut-être pourrait-on réfléchir à des propositions plus humaines et moins drastiques. On parle tout de même ici d'hommes, de femmes, d'enfants, en bref de familles qui viennent de situations de guerre ou de violence extrême et pas seulement de chiffres sur le papier. Une réflexion plus générale au niveau de la région Asie-Pacifique en incluant les pays voisins pourrait par exemple être développée pour arriver ensemble à un accord.

Et même si l'on ne ramène ça qu'aux chiffres, il est bon de souligner que la question des réfugiés qui arrivent par bateau aujourd'hui en Australie et qui est présentée comme une crise nationale ne représente rien face à la question des réfugiés au niveau international et surtout face à la question de l'immigration au niveau national.
Pour avoir quelques données chiffrées -histoire de mettre les choses en perspective- dans le contexte international et local je recommande les quelques images suivantes (publiées il y a un an et demie - les derniers chiffres ne sont pas connus dans le détail mais il a été établi qu'ils étaient assez similaires) : http://theantibogan.wordpress.com/2011/12/05/a-unique-look-at-the-boat-people-problem-in-australia/

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